Pourquoi la permaculture est idéale pour les petits jardins
Quand je parle de jardin nourricier en permaculture, je pense tout de suite à un espace vivant, productif et agréable à vivre, même sur une toute petite surface. La permaculture n’est pas une liste de techniques, c’est surtout une façon de penser : imiter la nature pour produire plus, avec moins d’efforts et moins d’intrants.
Sur un petit terrain (10 à 50 m², voire moins), on peut récolter beaucoup de légumes, d’aromatiques et même un peu de fruits, à condition de bien organiser l’espace et de soigner le sol. L’idée, c’est de superposer les fonctions : une même plante peut nourrir, attirer les auxiliaires, couvrir le sol, servir de support ou d’abri.
Observer le lieu avant de planter
Avant de saisir ma bêche, je commence toujours par observer. Sur une petite surface, la moindre erreur de placement se paie cher. Je prends au minimum une ou deux semaines pour regarder :
- Où passe le soleil (matin, midi, soir) ?
- Les zones d’ombre permanente ou de mi-ombre.
- Les zones les plus venteuses ou abritées.
- Les points d’eau ou la facilité d’arrosage.
- La nature du sol : lourd et argileux, léger et sablonneux, ou intermédiaire.
Je repère aussi les passages naturels : là où je marche souvent, là où j’ai besoin d’accès facile (proche de la cuisine pour les aromatiques, par exemple). En permaculture, on parle de “zones” : sur une petite surface, l’ensemble du jardin est souvent une zone très fréquentée, mais je garde tout de même l’idée d’avoir :
- Les plantes à cueillettes fréquentes près de la maison ou du chemin.
- Les cultures demandant moins de soins un peu plus au fond.
Préparer le sol sans le retourner
Sur un petit jardin nourricier, chaque poignée de sol compte. Je préfère largement travailler en douceur plutôt que de retourner la terre à la bêche. Voici ma façon de faire pour démarrer sur une pelouse ou une terre nue :
- Couverture du sol : je ne laisse jamais la terre à nu. Je la couvre avec du carton brun (sans encre ni scotch) ou une grosse couche de matière organique (feuilles mortes, tonte sèche, broyat).
- Apport de matière organique : par-dessus le carton, je mets une épaisse couche de compost mûr ou de fumier bien décomposé, au moins 5 à 10 cm si je peux.
- Paillage : je finis avec un paillage (paille, foin non traité, feuilles, BRF fin) pour protéger de l’érosion, des fortes pluies et de la sécheresse.
Je laisse ce “sandwich” se mettre en place quelques semaines. Les vers de terre et la microfaune vont faire le travail à ma place. Sur un petit espace, on peut se permettre d’être généreux en compost et en paillis : c’est un investissement qui rapporte des années.
Un plan type pour un petit jardin nourricier (10 à 20 m²)
Je te propose un exemple de plan que j’utilise souvent sur de petites surfaces rectangulaires, par exemple 3 m x 4 m, soit 12 m². Bien sûr, il est adaptable, mais l’idée générale reste la même.
Je structure l’espace avec :
- Deux à trois planches de culture principales de 80 à 100 cm de large, séparées par des allées étroites (30 à 40 cm) paillées.
- Une zone dédiée aux aromatiques près de l’entrée du jardin ou de la porte de la cuisine.
- Une ou deux grandes bacs ou buttes si le sol de base est très mauvais (sol caillouteux, pollué ou très compact).
- Un ou deux contenants verticaux (tour à fraises, palette verticale, jardinières suspendues) pour optimiser la hauteur.
Je cherche à avoir :
- Des cultures basses (salades, radis, épinards) en avant-plan.
- Des cultures moyennes (choux, tomates cerises, aubergines) au milieu.
- Des cultures hautes (tuteurs à haricots, tournesols, maïs) au fond ou au nord pour ne pas faire trop d’ombre.
Des associations de cultures efficaces en permaculture
Sur un petit espace, les associations de plantes sont une clé pour gagner en productivité et en résilience. Voici quelques combinaisons que j’apprécie particulièrement :
- Tomate – basilic – œillets d’Inde : le basilic aime la chaleur et l’humidité contenue sous les tomates, et les œillets d’Inde contribuent à repousser certains nématodes et insectes.
- Carottes – poireaux : la carotte perturbe la mouche du poireau, et le poireau dérange la mouche de la carotte. En plus, leurs racines n’occupent pas le sol de la même manière.
- Haricots grimpants – maïs – courges (inspiré des “trois sœurs”) : le maïs sert de tuteur, les haricots enrichissent le sol en azote, et les courges couvrent le sol en limitant les herbes spontanées.
- Choux – salades – aromatiques : les salades profitent de l’ombre légère des choux, et les aromatiques (thym, romarin, sauge) aident à brouiller les odeurs pour les ravageurs.
- Fraisiers – ail – ciboulette : l’ail et la ciboulette peuvent limiter certains problèmes fongiques sur les fraisiers et occupent peu de place.
Choisir des cultures adaptées à une petite surface
Quand je manque de place, je privilégie les plantes :
- À récoltes multiples (plantes qui repoussent après la coupe).
- À croissance rapide.
- À port vertical plutôt qu’étalé.
Voici les familles que j’intègre presque toujours :
- Légumes-feuilles : salades variées, roquette, épinards, mesclun, bettes. On peut les couper et elles repoussent, ce qui permet plusieurs récoltes.
- Légumes-fruits : tomates cerises, concombres grimpants, courgettes (1 ou 2 pieds suffisent), haricots à rames, pois grimpants.
- Légumes-racines : radis (idéaux pour occuper l’espace entre des cultures plus lentes), carottes courtes, navets précoces.
- Aromatiques : persil, ciboulette, thym, romarin, basilic, menthe (à contenir en pot), coriandre. Elles nécessitent peu de place mais rendent le jardin très productif en termes d’usage culinaire.
- Petits fruits : 2 ou 3 pieds de framboisiers, quelques fraisiers, un groseillier ou un cassissier si l’espace le permet. Même en bordure, ils apportent des récoltes appréciables.
Jouer sur la verticalité
Sur petite surface, je pense toujours en 3D. Je multiplie les supports pour que les plantes grimpantes prennent le moins de sol possible :
- Treillis pour les haricots, pois, concombres.
- Tuteurs en tipi pour les haricots à rames et les tomates cerises.
- Palissages contre un mur ensoleillé pour des tomates ou des petits fruits.
- Palettes ou structures verticales pour des fraisiers, salades, aromatiques.
Un simple grillage ou quelques tiges de bambou bien disposées transforment un mètre carré de sol en trois mètres carrés de surface exploitable.
Entretenir un jardin nourricier en permaculture au fil des saisons
L’entretien ne doit pas être une corvée quotidienne. J’essaie toujours d’organiser les tâches pour qu’elles soient légères mais régulières.
Printemps
- Préparation douce du sol : ajout de compost en surface si besoin.
- Semis de radis, salades, épinards, fèves, pois, carottes précoces.
- Mise en place des structures verticales (tuteurs, treillis).
- Renforcement du paillage pour garder l’humidité.
Été
- Arrosages ciblés et espacés mais abondants, de préférence le soir.
- Récoltes régulières pour stimuler la production (haricots, courgettes, salades).
- Sursemis dans les trous laissés par les récoltes (radis, salades rapides).
- Surveillance des ravageurs, avec interventions douces (ramassage manuel, pulvérisation de savon noir, décoctions de plantes).
Automne
- Semis de mâche, épinards d’hiver, navets d’automne, certains choux.
- Récolte des derniers légumes-fruits (tomates, courgettes, poivrons).
- Couverture du sol avec feuilles mortes, BRF, paille.
- Installation d’engrais verts (seigle, vesce, phacélie) sur les zones libres.
Hiver
- Protection des cultures sensibles avec des voiles ou des mini-tunnels.
- Surveillance de l’état du paillage et ajout si la terre se découvre.
- Planification des rotations et des futures associations de cultures.
- Eventuelle fabrication de nouveaux bacs ou haies sèches pendant le repos végétatif.
Limiter l’arrosage et garder un sol vivant
L’eau est souvent le point critique sur une petite surface urbaine ou de jardin de lotissement. Pour limiter mes besoins en arrosage, je m’appuie sur quelques principes :
- Paillage permanent : une couche de 5 à 10 cm protège formidablement le sol. Je renouvelle dès qu’elle se réduit.
- Arrosage au pied, pas sur les feuilles : j’utilise un arrosoir sans pomme ou un tuyau à faible débit, directement à la base des plantes.
- Arrosage rare mais profond : mieux vaut arroser moins souvent mais en profondeur pour encourager les racines à descendre.
- Récupération d’eau de pluie : même un petit récupérateur branché sur une gouttière rend de grands services.
Pour maintenir un sol vivant, j’évite :
- Les produits chimiques (herbicides, pesticides, engrais de synthèse).
- Le travail du sol profond et fréquent.
- Les périodes où la terre reste nue et battue par la pluie ou le soleil.
Créer un écosystème, pas seulement un potager
Dans un jardin nourricier en permaculture, je ne me contente pas de penser “rendement”. Je pense aussi équilibre. Pour ça, j’intègre toujours quelques éléments simples :
- Des fleurs mellifères (phacélie, bourrache, cosmos, soucis, capucines) pour attirer abeilles et pollinisateurs.
- Un petit coin de pierres ou de bois morts pour les auxiliaires (carabes, hérissons, insectes utiles).
- Une petite soucoupe d’eau avec quelques pierres pour que les insectes puissent boire.
- Des zones moins travaillées, voire un coin un peu “sauvage” si l’espace le permet, pour la biodiversité.
Même sur quelques mètres carrés, le jardin devient alors un lieu riche, vivant, qui nourrit le corps et l’esprit. Avec un peu d’observation, quelques bonnes associations de plantes et une attention particulière au sol, on peut faire d’un minuscule coin de terre un véritable garde-manger naturel.
